Sous la direction d’Alphonse Maindo, Richard Banégas, Guillaume Girard



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Donc la table ronde elle va se faire avec qui, à part la DTF ?
Ben avec d'autres associations. Y'a plein de gens qui nous ont contacté d'Allemagne, d'Angleterre, et aussi même des États-Unis, avec qui j'ai déjà parlé et tout ça. Donc va y a voir une réunion préparatoire, ou deux s'il le faut.
Avec des gens de la DIASTODE aussi ?
DIASTODE j'ai pas eu de contact parce que la DIASTODE... en 2005, quand nous avions lancé le projet, ils nous avaient écrit, ils ont dit qu'ils étaient d'accord, qu'ils voulaient être actifs au nom de l'organisation. Mais entre temps ils ont eu un autre bureau. Donc ce que je me proposais de faire, à part la communication là, c'est d'envoyer un courrier individuel à chaque association, à part ceux qui nous ont déjà contacté et ceux de la DTF, de leur réexpliquer la démarche et puis d'attendre maintenant le retour avant d'organiser la réunion préparatoire. C'est ce que je me proposais de faire la semaine prochaine ou la semaine d'après.
Donc c'est un groupe de travail pour préparer la potentielle future rencontre avec les autorités togolaises...
Non, d'abord nous, notre table ronde, avant d'avoir la rencontre avec le...
Donc ça peut être une étape vers une diaspora un peu plus unifiée ou pas ?
Oui. Un peu plus unifiée et aussi un peu plus raisonnable, parce que les gens qui avant étaient plus dans une optique de confrontation ou bien de, un peu de déviation du rôle exact de la diaspora, ils sont revenus à la raison, ils ont compris que ça marche pas comme ça.
La voie de sortie c'est l'abandon de la posture politique et plutôt travailler techniquement ?
Bien sûr.
Et est ce que le fait justement d'être en France, dans un pays qui, notamment sous la président Chirac, était plutôt proche des autorités togolaises ou en tous les cas allait plutôt dans leur sens, ça a pas été un obstacle aussi ?
Moi je pense que ce que les gens ont oublié c'est que la France n'a pas d'ami, comme l'a dit le général de Gaulle, la France n'a que des intérêts. L'intérêt que poursuivait Chirac n'allait pas forcément dans le sens des aspirations des populations togolaises, ça c'est clair. Donc maintenant, le combat que nous nous menons n'est pas un combat de prise de pouvoir, parce que même quand y'avait Eyadéma au pouvoir, la diaspora envoyait de l'argent au Togo, même avec le fils Faure, on envoie de l'argent au Togo. Pourquoi on l'envoie ? C'est pour que les gens s'en servent, pour que les gens vivent mieux. Ça veut dire que nous sommes capables même dans les contextes de support de la France au gouvernement au Togo, d'aider le Togo. Donc ce que nous nous attendons, d'abord que la diaspora togolaise essaye de converger vers les mêmes objectifs, plutôt apolitiques, et puis après maintenant de voir, même auprès des autorités françaises, ce que nous pouvons acquérir. Si nous sommes unis, parce que si nous arrivons en rangs dispersés, je suis pas sûr qu'on nous prendra au sérieux même si nous disons des choses censées.
Et l'évolution actuelle, elle vous fait penser qu'on va plutôt vers quelque chose comme ça, d'apolitique et...
Oui. Oui. Franchement. Parce que moi j'ai discuté avec beaucoup de gens, je ne peux pas dire tout le monde, mais j'ai discuté avec beaucoup de gens et ils connaissent ma position, je ne l'ai jamais caché, et on arrive toujours au même résultat que quand on veut militer comme mouvement de la diaspora, il y a notre place et à prendre, à nous devons la prendre là où elle est, là où elle se trouve. Y'a les partis politiques, ils ont leur place. Y'a les associations humanitaires, elles ont leur place. Y'a les diasporas, comme dans les diasporas des autres pays africains, ces diasporas ont leur place. La notre pourquoi ? C'est parce que nous savons pas où elle se trouve. Il faut qu'on aille la prendre. Et puis c'est bon. Dans la diaspora, y'a des togolais du nord, du sud, du centre, y'a des togolais qui viennent de tous les partis politiques donc on va pas aller discuter politique, on va pas s'en sortir. On va discuter Togo, on va discuter compétences, on va discuter qu'est ce que nous pouvons apporter à notre pays, qu'est ce que nous pouvons faire comme propositions, qu'est ce que nous pouvons financer, quels sont les projets que nous pouvons financer, comment trouver l'argent pour financer les projets, quel village nous voulons cibler, qu'est ce que nous voulons construire comme latrine... c'est ça la diaspora, c'est ça. Mes parents quand je suis suis ici, ils attendent pas que je leur raconte que je vais devenir président de la République. Ils attendent concrètement aujourd'hui de pouvoir aller manger, de pouvoir avoir de l'eau, de l'électricité, tu vois ce que je veux dire, c'est ça. Donc les Togolais de la diaspora qui sont ici ils sont pas ici parce que demain ils veulent prendre le pouvoir, non, ils sont là quelque part pour contribuer au développement de leur pays. Donc pourquoi...
Y'a peut être un dernier point qui m'intéresse particulièrement... on a dit, que tout le monde envisageait un peu un retour potentiel, que la diaspora elle participait au changement au Togo, et quand on regarde par exemple les objectifs de la DTF, et ça se retrouve dans d'autres associations comme la DIASTODE, y'a aussi un objectif qui est d'aider les Togolais qui sont en France à s'intégrer...
Oui bien sûr.
Donc finalement l'objectif est ce que c'est pas aussi de rester et de s'installer plus ici ?
Non mais moi je vais rentrer, c'est personnel, je ne vais pas dire aux gens, après rentrez chez vous, je ne suis... même Dieu ne force personne (rires) à aller à l'encontre de son désir. Y'a des gens qui veulent rester ici, ils vont rester. Moi je pense que dans un premier temps, comme veulent le faire les autorités françaises, c'est d'encourager les gens par exemple à apprendre le français. Quand moi je suis arrivé ici, si j'avais eu une association, des gens qui m'auraient aidé à m'orienter, à comprendre le fonctionnement du système, et à trouver vite ma place, j'aurais été très reconnaissant. Donc c'est ce que nous nous proposons aussi de faire. C'est un objectif. Que quand il y aura des Togolais qui vont arriver, qu'on puisse leur servir d'interlocuteur dans leurs démarches, de les orienter un peu, de les aider un peu à s'intégrer. Parce que l'intégration c'est primordial. S'intégrer ça veut pas dire mourir ici mais ça veut dire que le temps que tu sois ici, de t'intégrer, de vivre avec les Français, d'être un apport pour cette société et puis de gagner aussi ce que tu peux gagner et puis si tu veux rester ou rentrer, ça c'est ton choix personnel. C'est ça moi comment je définis l'intégration.
Et ça, concrètement, est ce que vous faites des choses qui vont dans ce sens ?
Nous avons commencé des choses, par exemple y'a des étudiants au Togo qui ont besoin d'informations pour venir étudier ici, on leur a fait des propositions. Y'a des gens qui sont arrivés ici, qui sont nouveaux et qui nous ont contacté pour nous dire, voilà je suis nouveau, je dois faire telle démarche, qu'est ce que je dois faire. Donc on leur a donné des informations. S'ils ont besoin d'aide de nous recontacter pour que nous aussi à notre niveau on puisse contacter les instances qu'il faut pour leur faciliter leur démarche. Donc si y'a par exemple au niveau de l'ambassade du Togo des gens qui sont mécontents, ils nous ont contacté, on contacté l'ambassadeur et il améliorera les choses. Ça, ça fait partie de nos préoccupations. Donc c'est dans ce cadre là qu'on veut grandir et devenir vraiment une force de propositions mais aussi d'aide en cas de besoin. C'est comme ça.
Donc ça passe aussi par le fait de regrouper tous les Togolais en France ou...
Ben pas forcément regrouper mais qu'il y ait une sorte de coordination entre les associations, parce que dire qu'on veut fusionner avec les autres associations, serait aussi un peu hypocrite. Ça fait peur aussi parfois. Mais au moins qu'il y ait une sorte de coordination, qu'il y ait à la rigueur un ou des points d'arrivée et que si on dit diaspora togolaise, qu'il y ait des interlocuteurs connus avec qui on puisse échanger. C'est ça hein, c'est la vision que nous avons au niveau de la DTF. C'est cette vision aussi que l'on avait au niveau de la diaspora togolaise en Europe, pour que au niveau de chaque pays il y ait une diaspora togolaise à peu près unifiée qui serve de point d'arrivée ou de point de départ je sais pas. Et après qu'au niveau européen on puisse aussi coordonner nos actions. Mais bon après, pour des raisons un peu plutôt subjectifs, on est encore loin...
Pour le moment il y a encore des obstacles...
Des obstacles qui sont plutôt des problèmes de personne, c'est pas des problèmes d'objectifs, c'est pas des problèmes de vision, c'est parce qu'on a tous... y'a des personnes par exemple qui sont d'accord sur ce point mais qui ne sont pas là où il faut et qui veulent pas non plus se battre pour avoir cette position, pour pouvoir vraiment permettre un rapide rapprochement dans ce sens là...
Donc vous êtes optimiste quand même ?
Faut que je sois optimiste parce que je pense que tant qu'on est pas mort, tant qu'on est en vie, qu'on se bat pour une cause dont on est convaincu et qu'il y a une cause noble, il faut continuer. On prend des coups, des coups de fatigue, des coups de découragement, on se relève. Tant que l'objectif n'est pas atteint, on avance. Il faut toujours espérer et croire que ça va s'améliorer, surtout que moi je sais que le Togolais n'est pas quelqu'un d'irraisonnable, j'en rencontre beaucoup. Et même ceux qui ne sont pas d'accord avec moi, on est d'accord sur l'essentiel. Pourquoi ne pas alors laisser de côté ce qui n'est pas essentiel et prendre l'essentiel et c'est ça qui me fait espérer aussi. Je me dis ben un jour bon les gens vont finir par comprendre qu'on passe sur ce qui fait perdre du temps, on laisse de côté ce qui n'est pas essentiel, prenons l'essentiel, laissons le politique au monde politique comme ça se fait partout, comme ici et nous, concentrons nous sur l'essentiel, apportons notre contribution au Togo, construisons, faisons des choses, comme ça les gens seront reconnaissants pour ce que nous avons construit pas pour je sais pas quoi...
A titre personnel, vous comptez continuer à prendre vos responsabilités dans tout ce mouvement ?
Moi je prendrai mes responsabilités comme président et comme membre, pas seulement dans ce mouvement mais dans tout ce qui est mouvement, entre guillemets, pour la société togolaise et malienne, je prendrai ma place. Je ne cherche pas forcément d'être au dessus du lot, mais d'apporter ma contribution intellectuelle, matérielle, quelle qu'elle soit, pour que les choses avancent, ça c'est ma conviction, je continuerai tant que j'aurais encore assez d'énergie et de force.

Annexe 3.2 : Entretien avec Batoulim Sebabe :
Batoulim Sebabe a d’abord été contacté par mail puis par téléphone. Il est le trésorier de l’entreprise ONG Conseil, entreprise dans laquelle travaille le président de l’association AMECAA avec laquelle je suis parti en août 2008 au Togo. Le premier contact a donc été facilité, ce qui a grandement permis la réalisation de cet entretien. La rencontre a eu lieu le 4 décembre 2008 dans un bar près des Halles à Paris, autour d’un café.
Question : Quel est ton parcours entre le Togo et la France ?
Réponse : Je m'appelle Batou Sebabe. J'ai fait des études d'agro-foresterie. Je suis en France depuis 2007. Je suis là en France à cause de ma femme, elle est française mais on s'est connus un peu au Togo. C'était dans le cadre du travail, moi je travaille un peu avec les ONG. On a décidé de venir ici en France un peu. Moi je suis arrivé depuis mai. Je crois que j'essaye de m'intégrer au mieux.
Donc ta femme est...
Elle est française, on s'est connus au Togo, dans une ONG dans laquelle moi je travaillais, les Amis de la Terre. Donc on s'est vus là bas, l'histoire a commencé, on savait pas que ça allait déboucher ici aujourd'hui comme ça. Mais c'est bien enrichissant de pouvoir voir la culture française, depuis le temps qu'on en entendait parler, qu'on a vu dans les histoires, ça n'a rien à voir avec la réalité du terrain quoi.
Qu'est ce que tu faisais au Togo avant de venir en France ?
J'ai travaillé en tant qu'animateur responsable de projets d'éducation environnementale pour les Amis de la Terre, et parallèlement j'ai créé une association, avec des amis, qui s'appelle le Carrefour international des Arts, qui s'occupe de la promotion des arts, des échanges culturels et de la revalorisation des essences forestières. Donc j'étais dans cette lancée là avant de venir en France. Une fois arrivé en France, j'avais déjà des contacts dans l'entreprise où je bosse aujourd'hui qui s'appelle ONG Conseil, qui s'occupe du recrutement des donateurs. Donc j'ai commencé en tant que recruteur dans la rue. J'ai fait quelques missions et après j'ai vu que dans l'entreprise il y avait des offres d'autres postes à pourvoir en tant que conseiller gestion. J'y suis depuis plus d'un an là.
Est-ce que tu as des parents, des frères et sœurs au Togo ?
La majorité de ma famille est au Togo, mon père, ma mère, mes frères. J'ai un frère à Cholet, une à Pressures, un autre frère en Allemagne. On est une grande famille, je sors d'une famille de 17 enfants et c'est vrai que ma famille elle est en Afrique. Je les ai revu cet été quand je suis reparti mais c'est vrai que j'ai un manque... heureusement comblé par la famille de ma femme, les amis que j'ai ici à Paris.
Comment tu as organisé ton départ une fois que tu as décidé de venir en France ?
Une fois que j'ai décidé de venir en France j'ai mis au courant mes amis et famille pour leur dire voilà je vais partir en France, je suis pas prêt de revenir de suite parce que j'ai ma femme là-bas et qu'on va essayer de construire des choses ensemble et après une fois qu'on aurait atteint une stabilité dans un couple et bien je peux envisager un retour. Ca c'est pour ma famille, ça n'a pas été facile j'avoue, parce que c'est comme un maillon qui va partir. Ils ont compris et d'autres l'ont pris sous un autre angle. Tu vois pour nous venir en Occident c'est pas bien perçu, enfin c'est perçu différemment en Afrique. Dans ma communauté y'en a qui pensaient que c'est un bel atout voilà, oui tu vas être super bien comme les autres disent et tout... Et puis à un moment je sentais qu'il allait y avoir une déchirure et que ça ne sera plus la même chose. Du côté professionnel j'ai averti aussi les Amis de la Terre, où j'étais secrétaire général du conseil d'administration, pour leur dire que voilà j'allais partir. J'ai tout fait pour terminer les dossiers sur lesquels j'étais, y'a eu un intérim de formé, et au sein de notre association j'ai passé le dossier au bout de trois mois à celui qui prenait la suite, je lui ai montré toutes les grandes lignes, les formalités administratives à faire et comment il faut gérer. Mais j'ai toujours gardé un œil dessus, depuis la France je continue à piloter le projet. Et d'ailleurs on a créé le Carrefour International des Arts – France.
Comment tu envisageais l'arrivée en France ? Qu'est ce que tu imaginais de la France, de ce que ça allait pouvoir être pour toi ?
Alors je m'attendais à tout pour tout dire, je m'attendais à tout. Je me dis je viens dans un pays qui n'est pas le mien déjà et puis j'en ai bien entendu parler depuis fort longtemps, à force des échanges culturels qu'on a eu dans les chantiers l'été et tout ça... donc je savais très bien que j'arrivais dans une terre neutre pour moi et que je devais accepter tout... enfin pas tout mais que je devais accepter en termes de vie, d'acclimatation, d'habitudes, que tout n'allait pas être la même chose. Donc j'avais déjà cette ouverture d'esprit en me disant bah c'est à moi de me faire à la vie ici et non pas l'inverse, c'est à moi de m'adapter. Je me suis assez préparé, j'ai eu de bons conseils de ma femme, des amis que j'avais ici à gauche à droite en France, j'avais beaucoup d'amis en arrivant... en arrivant c'est vrai que ça m'a fait le premier choc, de voir toute la grandeur et tout, il faisait froid j'ai jamais eu ça chez moi et je me suis dit bon si y'a des gens qui y vivent c'est vivable, donc à moi de faire un effort. La première des choses à faire c'est de dépasser tout de suite tous mes a priori et de me dire voilà tu vas apprendre. Alors je me suis mis dans cette idée et j'ai suivi de gauche à droite ce qu'il fallait suivre, je me formais sur le tas et j'ai aussi la chance de travailler dans une ONG, dans une entreprise qui est ONG Conseil, parce que je travaillais dans la rue et j'ai appréhendé le quotidien des français dans la rue. J'étais chaque jour en contact avec les passants français qui chaque fois t'expliquent leurs douleurs, leurs mécontentements... forcément quand on est en contact avec les gens, on appréhende mieux ce qu'ils disent ou ce qu'ils pensent de nous ou totalement. Y'a des gens qui sortent de la journée et qui ont pas envie de parler à quelqu'un et quand tu les arrêtes dans la rue et bien ils pouvaient te raconter toute leur vie. ?a m'a mis à l'école de la rue. Donc j'ai appris, je me suis adapté, j'ai pas fini de m'adapter, je continue.
Et tu imaginais ton séjour en France comme provisoire ou comme quelque chose qui allait durer ?
Avec ma femme on était partis sur le fait que ça va durer. ?a on savait que ça va durer et pour moi c'était profitable encore parce que j'acquiers de l'expérience, que je vais apprendre une autre façon de vivre. Je viens dans l'esprit de comprendre encore plus, de ne pas être cantonné sur... c'est vrai qu'on avait des préjugés, moi quand j'étais au Togo je me rappelle encore, on avait des préjugés par exemple sur ce que peut gagner un salarié français, comment il peut vivre, on avait des gros clichés de luxe et tout mais ça n'a rien à voir et ce n'est pas non plus l'eldorado comme ça se raconte au pays.
Toi tu pensais que ce serait l'eldorado alors que tu avais des contacts en France...
... Non, moi je ne pensais pas comme ça mais je n'avais pas encore intégré à quel point ça n'allait pas être l'eldorado. Je savais que ça ne serait pas l'eldorado mais je ne savais pas qu'au milieu de cette France qui avait cette image de luxe, de paradisiaque entre guillemets, bah j'avais pas cette appréhension de dire que voilà y'a des SDF dans la rue, y'a des gens qui savent pas quoi manger, y'a des gens qui font des poubelles, qu'à Rungis y'a des gens qui font le marché pour ramasser les détritus et tout ça, je savais pas que les gens ils allaient faire trois boulots pour pouvoir vivre et payer le loyer... pour moi depuis le Togo c'est pas des données qui étaient dans ma tête, comme le coût de la vie, le loyer qui est cher, le transport et tout ce qu'il y a en France. Mais on avait pas cette image là, même étant en contact avec la France.
Alors tu as quand même été surpris ?
Oui j'ai quand même été surpris, j'ai quand même été surpris...
Et quand tu es arrivé en France, tu as été très vite intégré, tu étais avec ta femme, avec des connaissances que tu avais déjà ici, donc tu as été beaucoup avec des Français finalement...
J'ai été quasiment qu'avec des Français. Ma femme elle est française, le bureau où je suis ils sont en majorité français. J'avais des amis aussi ici, je peux dire que ça c'est un point positif de mon intégration... j'avais des amis qui étaient venus au Togo et même un noyau de Togolais avec qui on s'est retrouvés ici. Chacun de son coté on allait vivre individuellement des expériences, mais quand on se rencontrait on se les partageait et on faisait une rétrospective sur nos visions d'avant et sur ce qu'il y a aujourd'hui. Du coup on se dit bah, c'est une école, c'est une autre manière d'apprendre, d'être ouvert et d'avoir au moins cette sagacité de savoir prendre ce qui est bien pour nous, ce qu'il faut qu'on adapte à notre culture, ce qu'il faut qu'on garde... non pas tomber dans l'aliénation, dans la routine à la parisienne comme on peut dire.
Donc tu as des connaissances et des amis togolais que tu vois régulièrement ? Dans quel cadre tu les as connus ? Par les Amis de la Terre ?
Notamment par les Amis de la Terre et par des groupes de musique parce que je suis musicien et que parfois on me fait appel et que je vais jouer avec des copains togolais qui étaient déjà ici et qui connaissaient bien le milieu. Plus les réseaux du milieu associatif où on se revoit pour des manifestations ou pour des réunions de l'association.
Et si tu n'avais pas rencontré une femme française, est ce que tu aurais pensé venir ici en France ?
Oui, en termes de capacités professionnelles, j'y pensais depuis, j'y pensais c'est sûr parce qu'avec l'échange, parce que nous sommes dans l'associatif, avec l'échange Nord/Sud, on a besoin quand même de comprendre l'autre culture si on veut parler d'échange culturel. Seulement je pensais pas y vivre donc si j'avais pas ma femme ici je vivrais pas...
... tu serais passé pour des études...
Oui, ou pour un stage, ou pour une formation et après, basta.
En France ou tu avais pensé à d'autres pays ?
J'avais des contacts déjà en Belgique, en Suisse notamment. Et d'ailleurs avant que je ne parte j'avais une opportunité en Belgique pour une formation mais voilà on a statué sur un projet avec ma femme, et j'irai dessus. Mais c'est vrai qu'à un moment, en mettant les pieds ici en France, la première des choses, la complexité de la vie française, je me suis dit moi j'ai pas ma femme ici je reste pas.
Tu serais déjà reparti ?
Oui. Je ferais ce que j'ai à faire et après je repars chez moi. Parce qu'on a pas la même vision, on a pas les mêmes habitudes... y'a trop d'indifférence en France par rapport au Togo. On est plus habitués à la communauté, on se voit tout le temps, même on dit bonjour aux gens dans la rue, on rigole beaucoup, on demande même la santé de notre animal à la maison alors qu'en France, en tout cas à Paris, tu as vu comment est ce qu'on passe... chacun cherche son chemin et chacun pour soi. Donc nous c'est pas ça quoi.
Au Togo, c'est plus solidaire ?
C'est plus solidaire et quand tu es habitué à cette vie et qu'un jour tu te dis, ah, je veux ne plus vivre cette vie et bah ça fait quand même un choc...
Aujourd'hui, tu dirais que tu te sens bien entouré, bien intégré en France ?
Je dirais pas bien intégré parce que c'est un processus, donc je suis en train de m'intégrer. Je pourrais pas prétendre à l'intégration totale donc... mais je crois que je me fais à cette vie ici. J'ai pris aussi le même rythme et je fais pareil... en attendant, ouais, en attendant.
Et si par hasard tu avais, ce que je ne te souhaite pas, des problèmes matériels, de santé, ou quoi que ce soit, vers qui tu te tournerais aujourd'hui ? Vers tes amis français, tes amis togolais, ta famille ?
Bah ça dépend de quels soucis. Si j'ai des problèmes d'argent, je pense pas. Parce que je fais aussi attention. Après, j'ai ma femme d'abord, voilà. Et puis... je suis très discret donc avant même que le problème ne fuse il a fallu que je trouve une solution. Si je trouve pas une solution avec ma femme et bah je me retournerais vers mon boulot, parce que c'est une entreprise très très bien où on a une convivialité, avec des collègues et des responsables qui sont à l'écoute et qui proposent tout le temps de l'aide. Donc je crois que si j'avais un problème je me tournerais d'abord du côté de ma femme et sa famille et après j'irais du côté de mes collègues de boulot qui sont à peu près mes amis aussi.
Si tu fais un premier bilan et que tu compares ta vie au Togo avant 2007 et ta vie maintenant en France, tu en penses quoi ?
Je peux pas parler de comparaison parce qu'il faut comparer deux données, deux entités qui peuvent... mais dire que... je gagne quelque part, je gagne de l'expérience quelque part, mais il me manque aussi quelque part, une habitude. Au Togo, même s'il fait chaud, même s'il y a de la misère, même quand on est pas d'accord parce que la politique nous a pas permis, même si les structures ne sont pas adéquates, et que la misère crève l'œil tout le temps... après tout, on a cette fierté de dire bah ouais on peut manger la pâte de maïs à la fin de la journée, on peut boire notre petit verre de sodabi, on peut se retrouver en famille, on peut calmer nos douleurs en famille. Mais en France, c'est vrai on a.... moi je vais dire que j'ai un emploi stable, j'ai plutôt pas mal progressé depuis que j'ai commencé... donc côté financier je suis à l'abri... enfin je n'ai plus les mêmes soucis d'argent que j'avais au Togo, j'ai plus les mêmes soucis de confort que j'ai au Togo... par la force des choses je suis devenu propriétaire, je suis chez moi, tranquille et je vais pas me réveiller en me disant, ah, qu'est ce que je vais manger ? Comment je vais vivre, comment je vais me déplacer... comme je faisais au Togo. Donc ça c'est les points que je peux comparer par exemple. Mais au niveau de l'enthousiasme, au niveau de la chaleur, au niveau de l'habitude, au niveau de la culture que j'ai emmené avec moi... c'est toute ma vie le Togo, c'est ma terre, c'est toute ma vie que je laisse derrière moi. Donc quelque part je pense je pars vers une vie plus confortable entre guillemets mais le Togo restera.... pour moi l'eldorado.... où tout peut bien se faire, où on peut trouver le confort dont on a besoin, où on peut trouver cette convivialité et la sauvegarder si y'a un tout petit effort de le part des collectivités locales, du gouvernement, de la politique et de la démocratie.


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